Tel est le titre d'un article de Céline Lison dans le National Géographic du mois d'avril 2007.
Ce numéro - particulièrement intéressant - est consacré aux océans. aux défis économiques et écologiques auxquels ils ont soumis.
Il est également à l'origine de mon premier coup de gueule ; un coup de gueule qui, du coup, inaugure une nouvelle rubrique de mon blog : Coups de gueule, coups de cœur.
Pour en revenir à l'article, celui-ci décrit une pratique de pêche particulièrement cynique (voire barbare) : le finning (du mot anglais fin, qui signifie aileron, nageoire) ; Une pratique que, sans vouloir afficher une fausse naïveté, j'ai découvert à cette occasion et qui m'a laissé sur le c..
Première claque (ahurissement) : le finning consiste à pêcher le requin, à lui couper les nageoires et... à le rejeter à l'eau !
Deuxième claque (vertige) : l'article avance les chiffres de dizaines de millions de requins tués chaque année pour leurs ailerons (73 millions exactement), et, globalement, une masse déclarée de 800 000 T de requins pêchés par an (le double en réalité selon certains experts).
Troisième claque (colère) : L'Europe s'avère être, globalement, très active dans l'extermination des requins ; Y compris en France où (pire ?), la plupart du temps, les requins ne sont que des prises accessoires, c'est à dire des prises accidentelles.
À la fin de cet article, légèrement déprimé, une seule conclusion s'imposait : y'a vraiment un truc qui ne tourne pas rond !
Qu'y a-t-il de censé ?
Qu'y a-t-il de censé à exterminer une espèce animale pour n'en « exploiter » (quel horrible mot) qu'une infime partie, quelques pourcentages (2% à 5%) du poids de l'animal ? Si les ailerons de requins ont une valeur marchande importante sur le marché asiatique, ce n'est pas le cas de la chair de la plupart des espèces de requins. D'où le fait que ces animaux soient rejetés, estropiés à la mer où, bien évidemment, ils sont voués à une mort certaine (par noyade, en étant dévoré par d'autres prédateurs, etc.)
Qu'y a-t-il de censé à s'autoriser un tel gâchis, d'une telle ampleur abyssale, pour satisfaire des croyances et des superstitions ? Les ailerons de requins sont consommés pour leurs « soit-disantes » vertues et non pour leur qualités gustatives. Pour reprendre les mots de B. Séret, spécialiste des requins au Muséum national d'histoire naturelle : « ça n'a aucun goût. Le cartilage des requins est semblable à celui d'un jarret de veau ou d'un pied de porc »... mais, malheureusement, il a un peu plus de gueule.
Qu'y a-t-il de censé à imposer une pression supplémentaire - et énorme - à des poissons qui, parce qu'ils sont au sommet de la chaîne alimentaire en sont d'autant plus fragilisés ? Ils avalent, en fin de chaine, tous les polluants déjà ingurgités par leurs différentes proies. La sur-pêche, si on peut encore appeler le finning de la pêche, est donc une pression intolérable - car irraisonnée - sur une population déjà fragilisée.
Qu'y a-t-il de censé à programmer la disparition d'une espèce animale sans se poser plus de question ? De question économiques : et après ? De question écologiques également. Toujours parce qu'ils sont au sommet de la chaine alimentaire, les requins ont un rôle primordial dans le maintien de l'équilibre des éco-systèmes dans lesquels ils vivent ; En se nourrissant des animaux les plus faibles, en empêchant la prolifération de certaines espèces au détriment d'autres, etc. Que se passera-t-il si le sommet de la chaine est décapité ? Quel déséquilibre s'imposera ? L'exemple de la perche du Nil, en Tanzanie, n'est-il pas suffisamment éloquent ?
Le finning m'apparait finalement être assez symptomatique de l'industrie de la pêche mondiale.
Industrie qui semble ne considèrer les mers et les océans que comme d'énormes réserves alimentaires inépuisables et non comme des éco-systèmes complets et fragiles.
Industrie qui fonctionne de façon abberante et irraisonnée. Sur-exploitant les ressources dont elle dispose, répondant à la raréfaction des espèces avec des moyens technologiques colossaux qui laissent encore moins de chance aux animaux, accentuant encore cette raréfaction (cf. dans le même numéro du National Géographic, l'article de Fen Montaigne sur la (sur-)pêche des thons rouges).
Merci à Mme Lison de nous ouvrir les yeux sur de telles aberrations.
Merci également au National Géographic de mettre en parallèle, dans ce même numéro, cette situation incompréhensible avec ce qui ce passe en Nouvelle-Zélande. Comme quoi, tout n'est peut-être pas encore perdu ?
Quelques sites et blogs qui traitent du finning :
. http://blog.funix.org/?p=55
. http://francois.battail.free.fr/pages/lesrequins.htm.
Deux sites également qui présentent une certaine ethique de la consommation de poisson :
. Le guide du consommateur de la WWF
. Le MSC qui vise à la protection des ressources mondiales des produits de la mer par la promotion du meilleur choix écologique.



